Le 3 novembre 2025, le nématode du pin (Bursaphelenchus xylophilus) a été officiellement détecté pour la première fois en France. Cette première détection est située dans un peuplement de la commune de Seignosse, à près de 600 km des derniers sites connus de contamination en Espagne, dans la région de la Galice. Ce nématode, originaire d’Amérique du Nord, avait d’abord été introduit au Portugal en 1999, puis détecté en Espagne en 2008, 2010, 2016 et 2018, entraînant de lourdes mesures d’éradication conformément aux lignes directrices européennes. Ce n’était donc qu’une question de temps avant que le vers ne se propage dans le massif des Landes de Gascogne, une zone en effet très vulnérable par l’exceptionnelle surface et continuité du pin maritime, essence hôte du Monochamus galloprovincilis, un longicorne vecteur du nématode naturellement présent en France. Mais malgré les préparatifs de la filière forestière et des autorités de la santé des forêts à cette éventualité, l’annonce de l’arrivée du nématode en France est source de beaucoup d’inquiétude pour les professionnels.
Le nématode est probablement arrivé en France au printemps 2025, causant la mort rapide des arbres infectés. Tout l’enjeu de la période hivernale qui vient est de prévenir de la contamination de nouveaux insectes vecteurs qui pourraient se propager au printemps prochain et étendre l’épidémie au reste du massif landais. Pour cela, il faut détecter et traiter tous les arbres symptomatiques avant l’émergence des larves de Monochamus qui peuvent s’y trouver. L’arrêté préfectoral du 4 novembre 2025 a délimité une zone infestée et une zone tampon de respectivement 500 m et 20 km de rayon autour du foyer où s’appliquent les mesures d’éradication du nématode et de restriction des activités forestières, conformément aux réglementations européennes et au plan de lutte national. Le DSF a renforcé ces prélèvements pour détecter de nouveaux foyers d’infection et les professionnels se tiennent prêt à détruire les sujets positifs par broyage ou traitement autoclave des bois. Dans ce contexte de crise, que peut apporter la recherche scientifique pour appuyer la lutte de terrain par les professionnels de la filière ?

Figure 1 : Cartographie de la zone délimitée du foyer nématode du pin, DRAAF Nouvelle-Aquitaine, 04/11/2025
De nombreuses études sont menées depuis des décennies pour améliorer la compréhension des dynamiques de propagation au Portugal, la capacité de détection du vecteur et du nématode, mais aussi mieux comprendre la sensibilité des différentes essences résineuses au nématode et les possibilités d’acquisition d’une résistance par l’amélioration génétique. Les nouvelles technologies sont aussi prometteuses pour rendre plus rapides et efficaces les méthodes de détection et de surveillance des ravageurs forestiers. C’est le sujet du projet de recherche européen FORSAID, qui a débuté en 2024 sous la coordination de l’Université de Padova et dont l’IEFC et l’INRAe sont partenaires. Ce projet réunissant des instituts de recherche et entreprises privées provenant de 10 pays a pour objectif de développer les nouvelles technologies dont l’IA au service de l’identification, la détection et la surveillance des ravageurs de quarantaine européen. Le nématode du pin, classé comme ravageur de quarantaine prioritaire par la Commission Européenne, fait partie des organismes ciblés par le projet. Ce dernier a immédiatement adapté le calendrier de ses activités de recherche pour répondre rapidement à cette actualité sanitaire.
Ainsi, le projet va mener un certain nombre d’actions de recherche pour développer le panel d’outils de surveillance à la disposition des acteurs de la filière. Des modèles d’intelligence artificielles seront appliqués à des données de télédétection pour localiser plus rapidement des arbres dépérissants sur de grandes surfaces. Un vol réalisé juste après l’annonce de la découverte du pathogène par la préfecture dans la zone contaminée a permis de collecter une orthophoto pour y appliquer cette méthode et appuyer les services de protection de la forêt. Des pièges intelligents couplés à de l’analyse d’image avancée sont mis au point pour automatiser la détection, le tri et le transfert des données de capture pour des insectes cibles dont le Monochamus. Des tests sont réalisés pour automatiser les procédures de détection moléculaire comme le métabarcoding à partir d’échantillon d’ADN environnementaux (canopée, tronc, piège), ce qui rendrait la détection plus rapide et sensible à de faibles niveaux de concentration d’ADN d’un ravageur. Le rôle de la science participative comme complément des outils traditionnels de surveillance sera également approfondi. Une étude a démontré que 50% des premières détections d’espèces exotiques ont été réalisées par des plateformes participatives avant ou pendant l’année de détection officielle (Gonzalez-Moreno et al. 2024). L’IEFC contribue toujours à cette dynamique par la maintenance du serveur et de l’application Silvalert qui a d’ailleurs enregistré de nouveaux rapports spontanés de pins dépérissants par ses utilisateurs en novembre.
Enfin, l’IEFC est en charge de l’animation du comité européen des parties prenantes du projet, réunissant des acteurs impliqués dans la surveillance de la santé des forêts en Europe tels que des gestionnaires et propriétaires forestiers, pépiniéristes, inspecteurs des douanes, décideurs politiques et surtout organismes de protection des végétaux. Cette approche multi-acteur doit permettre de confronter les avancées du projet aux acteurs de terrain pour s’assurer de la bonne prise en compte de leurs attentes et maximiser l’impact de ces nouveaux outils. La crise du nématode en France est donc une nouvelle occasion pour l’IEFC d’exercer une de ses principales missions : renforcer les synergies entre recherche et acteurs de terrain pour la résilience des forêts cultivées en Europe.
Benoît de Guerry, IEFC
Références :
Christelle Robinet, Nicolas Mariette, Hoël Hotte, Marie Grosdidier, Hervé Jactel et al. Invasion risk of the pine wood nematode in France. The Future Prospect of Management Strategy on Pine Wilt Disease, National Institute of Forest Science (NIFoS), South Korea, Oct 2023, Seoul (Korea), South Korea. hal-04277094
Díaz, R., Frade, S. Situation actuelle du nématode du pin en Galice (Espagne). IEFC, newsletter juin 2025. https://www.plantedforests.org/fr/current-scenario-of-the-pine-wood-nematode-in-galicia-spain/
Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt. Arrêté relatif à l’établissement d’une zone réglementée suite à la détection de Bursaphelenchus xylophilus, Nématode du Pin, dans le département des Landes. 4 Novembre 2025. https://draaf.nouvelle-aquitaine.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/ap_raa_33_special_no2025-286.pdf
González-Moreno, Pablo & Anđelković, Ana & Adriaens, Tim & Botella, Christophe & Demetriou, Jakovos & Bastos, Rita & Bertolino, Sandro & López Cañizares, Celia & Essl, Franz & Fiser, Ziva & Glavendekić, Milka & Herremans, Marc & Hulme, Philip & Jani, Viola & Katsada, Dimitra & Kleitou, Periklis & La Porta, Nicola & Lapin, Katharina & López-Darias, Marta & Pocock, Michael. (2024). Citizen science platforms can effectively support early detection of invasive alien species according to species traits. People and Nature. 7. 278-294. 10.1002/pan3.10767.
